Autant Nietzsche démolit les décors en carton pâte, enfonçe ses mains puissantes sous les fondations afin de les tester, jette par les fenêtres toutes les idées fausses ou corrompues, autant Buzzati y met les formes, prend toutes les précautions possibles, s’interroge, doute, nuance, lance modestement des pistes...s’excuse d’intervenir, inquiet de top de lumière.
Ces hommes (et d’autres), chacun dans leur style, ont déplacé des montagnes.
J’ai puisé dans leurs livres une énergie considérable ainsi qu' une réelle humilité tant ils se sont colletés avec l'humain et tant ils en ont exploré les contours multiples et contradictoires.
Merci à eux.
-----@-----
<o:p></o:p>
Je comprends que Nietzsche se soit “ fait avoir ” par Wagner et ses philtres. Point de “ souffrance vitale ” chez Wagner, point d’aiguillon de vie. Seulement l’illusion passionée du désir, le simulacre de la foi. Quelle ivresse cependant, quelle tentation de puissance, quel bain grandiose et majestueux... Longtemps séduit, mais libéré, tout juste libéré de Wagner, Nietzsche ne put que tomber éperdument amoureux de la Carmen de Bizet, comme un convalescent qui, après six mois d’hôpital, tomberait en extase devant le premier arbre venu.... ( "Carmen" n'etant cependant pas le premier arbre venu, mais un véritable hymne à la liberté - précision indispensable...)
<o:p></o:p>
---@---
A propos des trois métamorphoses<o:p></o:p>
Comment l'esprit devient...Chameau.
Le chameau, c'est l'animal qui porte les charges les plus lourdes. Il symbolise l’apprentissage, le travail sur soi.
Chameau, nous le restons en fait toute notre vie. Ou presque, pour les plus méritants.
Il s'agit, pendant cette période difficile d'accumuler les experiences, de les analyser, de les pétrir, de remettre sans cesse en question ses certitudes, et les fruits de son travail.
Edifier quelques fondations, démolir, à nouveau reconstruire, tomber, se relever, avec, toujours présent à son esprit, cet aphorisme du maître:
"Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort."
Comment l'esprit devient...Lion.
Le Lion, c’est la force tranquille (pas celle de...vous voyez ce que je veux dire) de celui qui aprés avoir mené de multiples combats, se repose un moment au pied de l'arbre et attend.
Il demeure en permanence à l'état de veille.
Il a digéré une grande partie de la charge du chameau. Plus lèger, enfin, il a pu accomplir sa métamorphose en lion. Le chameau résidait dans la cité du "Non". Le Lion parcourt les chemins de la cité du "Oui".
Il se prend à aimer et a respecter ce qu'il est devenu. Jaloux de ses connaissances, il consent cependant à les partager avec ses amis.
Comment l'esprit devient...Enfant...
L’enfant serait - je ne peux que le supposer - non pas le retour à l'enfance mais l'enfant retrouvé. C'est l'avènement de la légèreté ultime que le lion, dans sa veille, attendait.
Nietzsche, on le sait, est mort fou, pleurant, paraît il, accroché au cou d’un cheval…Ce qu'il laisse pressentir de la 3éme métamorphose de l'esprit - l'esprit devenant enfant - n'a pas eu le temps de voir le jour. C'était une utopie. Il s'agissait d'un rêve, d'un désir, d'un espoir, d'un refus d'impuissance...
L’enfant, “ Ce Surhomme! ”
---@---
<o:p></o:p>
Queques aphorismes de ce grand philosophe des gouffres et des profondeurs...
“ La familiarité nous aigrit chez un supérieur car nous ne pouvons pas la lui rendre. ”<o:p></o:p>
“ Dans la louange, il entre plus d’indiscrétion que dans le blâme ”<o:p></o:p>
“ On refuse de croire aux bêtises des sages... Quelle atteinte aux droits de l’homme! ”<o:p></o:p>
“ Le sens du tragique croit et décroît avec la sensualité ”<o:p></o:p>
“ On n’aime pas assez sa connaissance dés l’instant qu’on la communique ”<o:p></o:p>
“ Il y a une exubérance de bonté qui ressemble à de la méchanceté. ”<o:p></o:p>
Et tant d'autres qui, m'ont sauté littéralement au visage quand je les ai lues...------------------@-----------------------