Simone
«Mon prénom ?... Ils se sont trompés : c'était Alain.»
Simone a 44 ans, une bonne tête, la voix dure seulement lorsqu'elle parle d'elle-même. Son sexe d'homme est pour elle «un détail qui n'a jamais servi».
C'est un travesti (elle préfère dire «transsexuel», même si elle n'est pas opérée «travesti» est trop proche de «déguisé») depuis l'âge de 15 ans.
Et prostituée... parce qu'il n'y a pas eu d'autre choix. «La société n'a rien préparé pour nous ; nous sommes moins considérés que des chiens», dit Simone lucidement.
On l'écoute en retenant son souffle, et l'on plonge avec elle dans l'abîme sans fond de sa tristesse.
Il y a des silences, des images qui parlent, les impasses du dégoût de soi ;
Mireille Dumas, doucement, tire les fils de la vie. Elle filme les visages avec autant de bonté que ses questions sont précises. La bonté, ici, n'est pas de gommer le misérable. La réalité de Simone c'est aussi cette allée du bois de Boulogne.
La réalisatrice n'élude aucune question. Sans fausse pudeur, elle sait faire parler ses interlocutrices de ces corps qui les encombrent tant. On pourrait sans relâche disserter sur ce film, analyser pourquoi il est si juste, pourquoi il filme la réalité sans céder une seconde au voyeurisme, comment il respecte, comment il redonne des dignités que l'on croyait perdues.
Mesurons plutôt ses effets : rarement témoignage aura mieux décrit la solitude ; rarement il aura autant forcé le regard à changer.
Catherine Portevin
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La tolérance est difficile. Le regard des autres est terrible. Chacun fait ce qu’il peut. Mais le doigt pointé et pointu de notre société ouvre une plaie qui n’en finit pas de suppurer et qui, comme le dit Simone, ne cicatrise jamais…
Cette vidéo de Mireille Dumas date de Novembre 1992. J'en ai extrait les passages les plus émouvants
Julien
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