Intercalaire… Il était une fois
Il était une fois... Ainsi commencent toutes les histoires qui n'ont jamais eu lieu. Les mythes, les fables, les légendes.
Il, pronom personnel neutre introduisant un verbe employé impersonnellement,
Était, conjugué à un temps du passé resté en suspens dans l'inachèvement. L'histoire racontée s'est dissoute dans un lointain jadis, comme des végétaux dans des marécages ou des corps dans l'humus. Il s'en dégage des feux follets qui courent dans l'obscurité, à ras de terre. Ainsi vont les dits des mythes et des fables dans les pénombres de nos pensées.
Une fois, désignation imprécise qui renvoie à un passé indatable comme théâtre d'un événement accompli définitivement.
Il était une fois... Alors, de quoi s'agit-il? D'une bonne (ou terrible) fois pour toutes, ou d'une fois à jamais incertaine, pour rien ? Sa valeur temporelle reste ambiguë.
Il était une fois... Formule rituelle entrouvrant sur un récit ainsi qu'une petite porte dérobée sur une arrière-cour ou un corridor secret. Mais en quoi n'ont-elles jamais eu lieu ces histoires non reconnues par l'Histoire qui n'accepte dans son corpus que les événements avérés, prouvés, entretenant avec la réalité une relation exclusivement diurne ? Que sait-on de ce qui a lieu dans la nuit du réel ?
L'imaginaire est l'amant nocturne de la réalité.
Le corpus de l'Histoire est un corps — dont la chair est langage, paroles vives et mots écrits —, et comme tout corps il est opaque, et donc projette une ombre.
Il était une fois... est cette ombre portée, une doublure de paroles et de mots plus fluides, mouvants.
Il était une fois... : corpus d'une mémoire plus profonde et aiguë que celle de l'Histoire ; semence du réel qui au matin oublie cet ensemencement pour n'en retenir que les traces visibles, palpables. Il est des fois des personnages en errance qui n'en finissent pas de déambuler dans la nuit du réel, et qui transhument d'un récit vers un autre, sans cesse en quête d'un vocable qui enfin les ferait pleinement naître à la vie, fût-ce au prix de leur mort.
Il serait une fois des personnages qui se rencontreraient à la croisée d'histoires en dérive, d'histoires en désir de nouvelles histoires, encore et toujours.
Sylvie Germain - Magnus
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