• Les Allandryss

     
     

     

    Les Allandrys

     

     

    J'ai retrouvé le nom de ces oiseaux multicolores que nous avons cru voir ensemble, alors que la douceur du printemps nous enveloppait.


    "Les Allandrys"...


    Quel joli nom !... C'est toi qui l’as trouvé.


    Allongée sur la balancelle, la tête sur mon épaule, les yeux tournés vers le ciel, tu as prononcé leur nom et ils t'ont regardé, pensifs.


    L'éclosion accélérée des fleurs dans le jardin, la fragilité de leurs tiges naissantes, l'hésitation du renouveau fût sans doute, propice à leur apparition. Tout semblait aller si vite…


    Vision troublante, douce, légère, survenant comme une brise vespérale… Dis, ma mie, avions nous bu ?


    Je revois aujourd’hui en esprit ces grands oiseaux bariolés, aux ailes translucides, qu'on aurait dit en mutation.


    On sentait dans les tremblements qui les agitaient, un désir de renaissance.


    Nous nous sommes posé la question.


    Et, ensemble, nous avons pensé la même chose.


    "Sont-ce des anges en devenir !"


    Je pense que oui, sans doute, nous avions un peu bu ce soir là.

     

    Que fêtions nous ?


    Mais cela n'explique pas tout. Et surtout pas l’intensité de l’émotion que nous avons ressentie.


    Car lorsque l’ivresse est douce, ne dit-on pas ? "In vino, véritas"...


    Un des oiseaux est venu se poser sur ton bras. Il a glissé son cou sous tes cheveux blonds et, relevant la tête, ils ont glissé sur son plumage.


    C’est curieux comme cela t’a semblé naturel… Tu n'a pas fait un geste... A aucun moment tu n'as paru éffrayée...


    Alors que j’ai reculé, moi, quand il a replié ses ailes immenses.

    C’était si inattendu. Il était si impressionnant.

    Tu as caressé son cou, lissant ses plumes, et il m’a semblé voir qu’il y prenait de plaisir.


    Je savais déjà que tu étais un peu magicienne, mais à ce moment précis, j’ai cru discerner une complicité profonde entre vous deux.


    Je me suis senti exclu. Alors que je m’écartais de toi, un autre Allandrys est descendu de son perchoir et s’est posé devant moi, à mes pieds. Sa taille considérable plaçait son bec à hauteur de mon visage.


    Il m’a regardé. Puis il a tourné la tête plusieurs fois, nous fixant tour à tour.


    Il m’a semblé qu’il désirait obtenir quelque chose de nous. Comme je ne comprenais pas il a piqué du bec sur le dos de ma main. J’ai tendu celle-ci vers toi, m’apercevant en même temps que tu me fixais d’un œil interrogateur.


    Les deux oiseaux se sont approchés l’un de l’autre et, en complète harmonie, ils ont balancé leurs deux cous longs de cigogne, de gauche à droite, dans un mouvement lent de danse improvisée. 


    Me rapprochant de toi sur la balancelle et te prenant par les épaules, nous avons fait de même, en souriant aux oiseaux.


    Au bout de quelques minutes de ce jeu de balançoire, une musique, venue d’on ne sait où, a rythmé nos mouvements.


    Alors, les trois oiseaux restant sont descendus de leur perchoir et ont rejoint la danse.


    Tous les deux assis, penchant en mesure, la tête et le corps, de droite à gauche et de gauche à droite, alors que les allandrys, devant nous sur la terrasse, dansaient en contrepoint…


    C’était extraordinaire. Progressivement, nos têtes se sont jointes. Puis nos paupières se sont alourdies et…je ne me souviens plus de la suite.


    Quand nous nous sommes réveillés, quelques minutes ou quelques heures plus tard, il faisait grand jour. Le soleil resplendissait dans un ciel dégagé de tout nuage. Nous nous sommes regardés, reposés et euphoriques.


    Je t’ai demandé :


    - Etait ce un rêve ?


    - Quoi ? Les Allandrys ?


    - Oui !


     - Sans doute.... Mais nous avons fait le même. Nous les avons vu tous les deux.... C’était sûrement un signe. Mais lequel ?...


    Je me suis penché vers toi et je t’ai embrassé, délicatement, sur les lèvres.


    Cela fait aujourd’hui 30 ans. Trente ans de bonheur. Trente ans que nous vivons ensemble et que je t’aime…


    Oserais je le dire, avec la bénédiction des Allandrys ?



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