• Le veilleur

     
    Oogonath

    Le veilleur<o:p></o:p>

    <o:p>  </o:p>

    Pour sa première mission, Oonaght, jeune mage fraîchement diplômé, n’avait pas été gâté.

    Du moins le pensait il. Certes, la jeune fille était jolie, très jolie même..., Mais tellement naïve... Si souvent dans la lune. Elle vivait avec Cendrillon, Blanche Neige,  rêvant comme elles du prince charmant….

    Quelle poisse ! Mais pourquoi donc, Le Veilleur l’'avait il embarqué dans cette galère ! <o:p></o:p>

    <o:p> A sa sortie de l'école</o:p>, le maître  l'’avait convoqué.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>- J’ai suivi tes études, avait il dit. Tu es sensible et intelligent Oonaght. Certes, tu manques encore de confiance en toi mais quoi de plus normal à ton âge. D’autres élèves de ta promotion, trop imbus d’eux-mêmes et trop confiants dans leur nouveau statut, vont s’'apercevoir très vite qu’ils leur reste tout à apprendre. Rien de tel que l'école de la vie. Je t’'ai réservé un apprentissage qui devrait te convenir. Aprés concertatioon avec tes professeurs, nous avons décidé de te placer auprès d’une jeune personne innocente, mais qui promet beaucoup. Elle a du caractère, mais elle l’'ignore encore. Comme tu as dû t'en apercevoir elle rêve énormément, et tu devras l'aider à canaliser ses rêves. En la suivant je pense que tu apprendras d’elle autant je pense qu’elle apprendra de toi. Va maintenant, je compte sur toi.

     

    Placés sous la haute autorité du Veilleur, les jeunes mages - dotés dés leur naissance du pouvoir de se glisser la nuit dans les rêves des hommes et de visualiser leurs pensées les plus secrètes - apprenaient pendant leur scolarité, à maîtriser toutes les subtilités des voyages dans l’'imaginaire. Ils disposaient ainsi, au terme de leur formation, des outils nécessaires leur permettant d’intervenir, s’il le jugeait utile, dans la destinée des humains, en influençant leurs décisions.
     
    Placés, auprès de jeunes enfants choisis par la guilde des maîtres, ils devaient suivre l’’évolution de leur protégé, jusqu’à ce qu’’ils soient relevés de leur fonction par le Veilleur.
     
    Trois mois déjà que Oonaght regardait vivre la jeune Melissa, et il se faisait du souci. Il n’avait pas encore osé intervenir. La nuit, s’introduisant dans son esprit,  il suggérait des rêves innocents, en rapport avec les désirs secrets de la jeune fille, attendant d’'en apprendre davantage sur  sa personnalité profonde. Mais il doutait. Il se sentait inutile, voyant bien que les aspirations et les désirs de Melyssa le laissait le plus souvent au bord du chemin, simple spectateur un peu perdu.

     

    C’est pour cette raison qu’il avait demandé au Veilleur de le recevoir.<o:p></o:p>

    - Elle est sans cesse amoureuse,  dit-il <o:p></o:p>

    -  Hé bien, c’est plutôt une bonne chose non ?<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>- Oui. Mais dans son cas, ça me fait un  peu peur…<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>- Pourquoi ?<o:p></o:p>

    - Elle est si exaltée, elle a tellement envie d’y croire, à chaque fois....<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>-  Aimer n'est jamais une chose simple Oonaght. Mais tu comprendras un jour que l'amour ’est à chaque fois, un cadeau du ciel. Souvent décevant, je te l’'accorde,  dans la durée, il n’'en reste pas moins qu’une vie sans rêve et sans amour serait bien terne et ennuyeuse. C’est l’'amour qui permet de grandir. Et même si l'on se blesse à son contact, ’on en sort toujours plus fort. Mais il est vrai que parfois, certains humains, profondément meurtris, ne parviennent pas à se relever et deviennent  aigris. Tu n’'auras pas que des succès dans tes missions successives, nous en sommes bien conscients. Mais c’est ainsi que, toi aussi, tu apprendras. <o:p></o:p>

    - Certes, mais vous savez mieux que moi, maître, que mes pouvoirs sont limités. Je ne peux pas changer les êtres, ni les évènements. Je dois composer avec le destin. M’'adapter. Et en matière de passion, d’amour, de désir, le destin est souvent capricieux, difficile à prévoir.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>- L’'école est finie Oogonath ! Et la fin de toute scolarité, c’est le début de la véritable connaissance. Il est temps pour toi de te pencher au dehors de tes études. De te frotter à la réalité du monde des humains. Tu as acquis, comme tes camarades,  la possibilité de voyager à ta guise dans l’eur imaginaire et d’'y guider ceux que tu protèges. Mais, tes maîtres ont du te le répéter souvent. Les humains n'ont pas souvent de boussole. A toi de leur prendre la main et de t’assurer du chemin.  Tu peux, par le biais des rêves, atténuer certaines conséquences fâcheuses, ou embellir davantage ce qui te paraît sombre. Le pouvoir que tu as reçu qui te donne une certaine maîtrise n’est pas dérisoire. Tu t’'en rendras compte lorsque tu l’'utiliseras.  Dans l’immédiat, reste éveillé. Sois vigilant et n’interviens que si tu es sur d’'agir pour le bien de ta jeune protégée.<o:p></o:p>

    - C’est la chose la plus difficile. On n’est jamais vraiment sûr.<o:p></o:p>

    - Je sais. Mais si je t’'ai choisi, toi qui doutes de tes capacités, c’'est justement parce que je sais que tu seras prudent et attentif. Je te l’'ai dit, cette jeune fille te surprendra. Aie confiance en moi, à défaut d’avoir confiance en toi. Nous aurons l’occasion de refaire d’autres mises au point ensemble, si tu le désires. Il est encore trop tôt pour envisager quoi que ce soit. En attendant, réjouis toi  avec elle si elle est heureuse. Accompagne là. Et tiens moi au courant.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Cette nuit là, Oonaght tenta d’intervenir. Ce garçon, dont Melissa était amoureuse en ce moment ne lui plaisait pas. A coup sûr, elle serait encore déçue. Combien en faudrait il encore ? Il ne pensait qu’à s’amuser ce type, mais il était malin et beau parleur. Melyssa s’'y accrochait beaucoup plus qu’'aux autres. Petit séducteur au visage avenant, le jeune homme butinait les jeunes filles comme un papillon passe de fleur en fleur sans jamais se fixer. Et Melyssa, bien entendu toujours aussi aveugle, ne s’'apercevait de rien. Combien de temps encore habiterait-elle  au pays des merveilles ?...

    Mélyssa ?... De la personnalité ? Mais où donc le veilleur avait-il  trouvé cela ?<o:p></o:p>

    Alors, pour une fois décidé, il la prit par la main et conduisit sa petite protégée dans la rue d’'un village sans nom, jusqu’à une maison isolée, perdue sur une colline déserte. Le cher bien aimé, les yeux rouges de désir et le souffle court,  batifolait à l'intérieur avec une de ses copines battant joyeusement des ailes.

    Mélyssa commença à gémir dans son sommeil. Il n’'osa pas insister et il se retira du songe qui allait virer au cauchemar. Il n’'était quand même  pas question de la rendre malheureuse. Il voulait juste lui ouvrir un peu les yeux. <o:p></o:p>

    Le lendemain, Melyssa se réveilla morose. Et son humeur persista, d’autant plus que son amoureux était parti pour quelques jours.

    « Normal » pensa t-il, « Ce n’était qu’un rêve mais tu es bien fragile, petite fille »…<o:p></o:p>

    "Ils étaient assis dans l’'herbe. Il se touchaient, s'embrassaient. Il faisait un temps magnofique et ils s’aimaient. Ils étaient faits l’'un pour l’'autre." Ainsi s'étiraient sans fin,  les rêves de Mélyssa. <o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Oogonath ne doutait pas de la sincérité de la jeune fille, mais il connaissait, lui, les véritables sentiments du garçon, ou plutôt l’absence de tout sentiment chez lui.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Que faire ? Melyssa paraissait si heureuse ! Sa mélancolie du matin se dissipait comme une brume légère dés l’'apparition du bien aimé. De quel droit la priverait-il  de ses illusions, même s’'il en craignait la chute ?<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Du moins n’en rajouterait-il pas. Il se contentait d'’observer et de prendre son mal en patience. Pas la peine d’'en reparler au Veilleur qui lui dirait encore d’'attendre.... et de se réjouir ! Fallait pas charrier quand même ! Attendre, bon, il n’'avait que cela à faire, mais se réjouir ? De quoi ? Du bonheur en papier de Melyssa ? C’était ça son job ?<o:p></o:p>

    Oonaght rongea son frein. La nuit, il laissait partir Melyssa dans ses promenades  roses et sucrées, mais il s’'ennuyait ferme. « C’est pas bon pour la santé le sucre à haute dose, ma chérie ! », ironisait-il pour lui-même en se gardant bien cependant de laisser filtrer ses sentiments dans le sommeil de sa protégée.<o:p></o:p>

    Et il arriva ce qui devait arriver. Ce ne fut pas dans un rêve que Melyssa surprit son amoureux avec une de ses copines, mais bien, par  hasard, dans la rue. Aucun doute n’était permis. Oogonath eut peur. Cela faisait longtemps qu’il savait que cela se terminerait ainsi mais tout de même. Anticiper un évènement malheureux et le voir se réaliser, ce n’était pas du tout pareil.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Melyssa sombra, après une violente colère, dans une mélancolie permanente et le jeune mage, triste pour elle de la voir dans cet état, dut cependant lutter d’abord contre lui-même, honteux d’'éprouver une certaine satisfaction devant le malheur de sa protégée.<o:p></o:p>

    « C’est mieux ainsi non ? » se disait il, tour a tour satisfait et  penaud. « Il n’'y a pas mort d’'homme à perdre ses illusions ! Et puis, je vais l'’aider maintenant à s’en remettre, puisque je suis là pour ça ! »

    Qu’elle était jolie Melyssa, toute triste et désemparée ! « Mais pourquoi, bon dieu, la préférais-je ainsi ? N’était elle pas aussi jolie lorsqu’elle était heureuse ? Je suis vraiment un sale égoïste ! Allez ! Ressaisis toi !  » <o:p></o:p>

    Ainsi, chaque nuit, pendant plusieurs mois, Oonaght ne pensa plus qu’à une seule chose. Son travail. Il entreprit avec toute la force dont il se savait capable de guider sa petite amie dans son imaginaire à lui, particulièrement foisonnant. Délicatement, dés qu’elle fermait les yeux, il la prenait par la main et il lui racontait de merveilleuses histoires illustrées. <o:p></o:p>

    Des histoires dans lesquelles les personnages n’'en rajoutaient ni dans la bravoure ni dans l’'héroïsme. Des histoires dans lesquelles les parfums savaient demeurer subtils et  caressants. Des histoires dans lesquelles la beauté des décors n’avait plus rien du carton pâte.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Des histoires ou l’'amour ne tombe plus du ciel mais se construit au contraire, pas à pas, comme une grande maison que l'on édifie en commençant par les fondations.<o:p></o:p>

    Chaque matin, au réveil, le jeune mage se demandait étonné, d’'où lui venait cette imagination débordante. Il inventait pour Melyssa des contes qu’il se prenait à aimer lui-même, au fur et à mesure qu’il les tissait patiemment dans les songes de la jeune fille.<o:p></o:p>

    Peu à peu, la mélancolie de sa protégée, se fit plus douce, plus souriante, plus sereine. Sa distraction de petite fille disparut. Sa féminité s’'affirma. Les traits délicats de son visage se détendirent. Reprenant goût à la vie, la mignonne jeune fille devint une belle jeune femme.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Elle s’'allongeait souvent l’'après midi, en hiver, sur un canapé, et au printemps dans l’'herbe tendre du jardin, semblant inviter son compagnon invisible à reprendre ses merveilleux récits, sous ses paupières closes.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Et Oonaght, sans effort, inventait. Son imagination coulait comme une source intarissable. Et il était heureux et apaisé.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>Un jour, Melyssa rencontra son amoureux qui plaisantait avec ses copines. Quelle ne fut pas la surprise du jeune mage en la voyant éclater de rire avec ses camarades alors que celui ci tentait vainement de la reconquérir…<o:p></o:p>

    La bouche ouverte et les yeux ronds, il en resta perplexe.<o:p></o:p>

    Il n’'eut cependant pas l’'occasion de méditer longuement sur ce fait car le Veilleur le convoqua.<o:p></o:p>

    - Je pense que ta mission est terminée Oogonath lui dit le maître. Je suis très satisfait de toi. Mais pas du tout surpris. Comme je le pensais, tu as fait du bon travail. Melyssa n’'a plus besoin de toi maintenant. Nous allons te trouver un nouveau protégé.

    - Pourquoi dites vous que ma mission est terminée maître ? Melyssa se porte mieux, certes. Mais comment être sûr qu’elle est tirée d’affaire ? Elle a perdu pas mal de ses illusions mais ses rêves sont encore fragiles, je le vois bien.<o:p></o:p>

    - Ils se fortifieront. Tu as fait ce qu’il fallait pour cela. Tu as su éveiller ses véritables désirs, ajouta le veilleur en souriant. Elle confondra de moins en moins ses rêves avec ses illusions. Elle connaît maintenant ou se trouve  la porte des songes que tu lui as ouverte, et si, au début elle est un peu perdue, cela passera bien vite, crois moi. <o:p></o:p>

    - Bien, mon maître. Vous savez mieux que moi…, conclut le jeune mage, tristement, en inclinant la tête en signe de respect.<o:p></o:p>

    <o:p></o:p>- Exactement, mon jeune ami. Et puis, il convient de ne pas s’attacher aux humains. Tu deviendras un grand mage. Peut être même qu’un jour, tu me succéderas. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>………………………………………Il semblait à Melyssa qu’elle avait perdu quelque chose. Comme si une part d’elle-même s’était détachée et avait disparu.

    Quelques temps après, cependant, elle n’y pensa plus.<o:p></o:p>

    ----------------------@----------------------<o:p></o:p>

    « Mes biens chers frères...Ils étaient quatre garçons… »

  • Commentaires

    1
    visiteur_starletteoa
    Vendredi 26 Décembre 2008 à 16:31
    quel talent Julien ! mais comment fais-tu pour avoir autant d'imagination ? Pendant un moment, je me suis mise dans la peau non pas de Melyssa mais du jeune mage..Je m'imaginais dans les rêves de la jeune fille et les images défilées dans ma tête ....Ah que c'est beau de pouvoir rêver .....Tu es un magicien des temps modernes Julien !!!! Merci d'apporter des illusions sans nos esprits parfois si aigris, si torturés pas le présent si décevant .... Bisous !
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :