• La lutte pour la vie

     

    La lutte pour la vie<o:p></o:p>

    <o:p>Je m’appelle Jason, et je suis un loup.</o:p>

     Petit, j’ai quitté la tanière. Trop de bouches à nourrir. Trop de disputes autour de la maigre pitance ramenée par la louve. 

    J’ai longtemps hésité, bien sûr. Par peur de l’inconnu. Parce qu’il faisait chaud, blotti contre le corps de mes frères et de ma mère. Mais ce n’était plus possible. Cela faisait trop mal. 

    Fuir les privations, les douleurs constantes d’un estomac jamais rassasié, la mère épuisée qui repartait, malgré sa fatigue, plusieurs fois par jour, chercher de la nourriture pour les  cinq louveteaux.

    Fuir la mort lente… Fuir loin, très loin, sans penser, sans réfléchir….

    Et, dés les premiers pas hors du nid, se cacher. Défendre sa vie, voler sa pitance, à la force des crocs.

    Devenu aujourd’hui un vieux loup solitaire, je suis fatigué des combats.

    J’avais eu le malheur de faire de longues pauses qui m’ont permis de réfléchir. Ce qu’un loup ne devrait jamais faire.…

    Car le passé nous revient à la gueule.

    Je n’avais plus à me soucier des prédateurs, j’en étais devenu un moi-même, et des plus aguerris. Personne n’aurait eu l’idée de s’en prendre à moi, car ma réputation, partout, me précédait.

    Tous, dans la jungle connaissaient mes colères et mon intransigeance.

    Ils redoutaient surtout mon absence de peur. Sans le savoir et sans le vouloir, j’ai acquis le respect de mes ennemis qui ne comprenaient pas ma rage. Pas plus que moi d’ailleurs.

    Longtemps il me fut égal de vivre ou de mourir. Avancer. Un pas après l’autre. Chaque combat que j’ai dû livrer pour ma survie aurait pu être le dernier. Cela m’était indifférent. Que tout s’arrête ici ou ailleurs revenait au même.

    J’avais  intégré une bande de loups, dont le chef, Maxtor, féroce et agressif, menait ses troupes à l’assaut, sans pitié ni tendresse.

    Un matin, alors que nous parcourions notre territoire, nous avons croisé sur notre chemin un jeune loup arrogant et plein de morgue.

    Maxtor grogna sourdement en baissant la tête, les babines retroussées, les crocs menaçants:

    - Hors de mon chemin ! Tu veux quoi ?

    - Me joindre à vous, avait répondu l’autre.

    - Pas de place. On est complet... à moins que tu ne réussisses à me battre, moi ou Jason, en combat singulier. Si tu es d’accord, choisis ton adversaire.

    Le jeune loup nous avait observé longuement. Il ne faisait aucun doute pour moi que j’allais devoir me battre contre lui.

    - Contre toi ! répondit l’arrogant, désignant Maxtor…

    Après une lutte longue et âpre, car le prétendant se montrait brave et vigoureux, Maxtor, épuisé, avait arrêté le combat et accepté son adversaire au sein de la meute.

    Plus tard, j’avais demandé à notre nouveau compagnon:

    - Pourquoi as-tu choisi  de te battre contre Maxtor ? Il est bien plus fort que moi.

    Le nouveau venu m’avait regardé du coin de l’œil:

    - Parce que toi, tu m’aurais tué.

    Sur le moment, je n’avais pas compris sa réponse.

    Aujourd’hui, je pense qu’il savait ce qu’il disait. Et qu’il avait raison.

    Au cours d’un combat, un voile noir tombait devant mes yeux. Passer ou mourir !

    Je ne me battais pas pour vaincre, pour conquérir, mais seulement pour survivre. Pour passer une étape de plus. C’était inconscient mais tellement évident pour moi. Chaque combat pouvait bien signifier la fin de l’aventure absurde qu’était alors ma vie, cela n’avait aucune importance.

    Je me suis toujours défendu. Je n’ai jamais provoqué ou attaqué qui que ce soit. Mais la rage qui s’emparait de mois dans le combat, ne supportait effectivement pas la demi-mesure. Je suis toujours allé jusqu’au bout de mes forces et même au-delà, sans me soucier, à aucun moment, d’y perdre la vie.

    Vivre ou mourir. Manger ou être mangé. J’avais tué des ennemis beaucoup plus fort que moi, car, chaque fois, je mettais mon existence en jeu alors qu’eux-mêmes n’y étaient pas préparés.

    Il m’était parfaitement égal de mourir là, à cet endroit, qui pour moi en valait bien un autre. Je n’ai jamais imaginé vivre vieux.

    Un jour, je ne serai plus là. Point !

    Ainsi, il ne me vint jamais à l’idée de remettre en question la suprématie de Maxtor dans la meute. Quand j’y pense aujourd’hui, j’imagine que pas mal de mes frères ont dû s’interroger à ce sujet. Sans doute même Maxtor lui-même.... C’est sûrement pour cette raison que je n’ai jamais véritablement fait partie de leur groupe. Aucun de mes camarades n’a pourtant soulevé ce point devant moi.

    Je n’ai jamais compris les raisons de cette colère sourde qui m’habitait et qui ressortait à l’occasion de chaque combat. J’ignorais d’où elle me venait, mais je devinais qu’elle était une sorte de moteur. Je pensais naïvement d’ailleurs que chaque loup en était dépositaire alors qu’en fait il ne d'agissait pour la plupart d’entre eux que de luttes de pouvoir…

    Je n’ai rien renié. Ces combats étaient sans aucun doute nécessaires, mais tellement dérisoires…

    Il en va ainsi dans la jungle. Parce que le décor l’exige, qui ne change jamais…Il pousse à avancer. A réagir. À se tenir constamment sur ses gardes. A prendre l’initiative aussi, pour ne pas se laisser surprendre.

    Il y a bien longtemps que j’ai quitté la meute. Quand je croise aujourd’hui un de mes compagnons, il me regarde passer de loin, se tenant au large.

    Pourtant, il n’aurait rien à craindre.

    Mais peut être a t-il raison, au fond. Car je me suis aperçu que tous les loups que j’ai croisés dans ma vie en savaient beaucoup plus longs sur moi que moi-même.

    Je n’avais jamais pensé devenir vieux. Aujourd’hui, je sens le poids des ans. Impression de gâchis qui pèse sur mes épaules voûtées. Tous ces coups donnés et reçus, juste parce qu’il le fallait, à ce moment précis…

    Ces victoires pour lesquelles on m’applaudissait, et qui me laissait chaque fois un goût amer dans la bouche, ressemblant davantage à des gesticulations désordonnées, à des sursauts d’animal pris au piège…

    Je poursuis mon chemin. Seul.

    Dans mes yeux, un éclair parfois, toujours vif.

    ----------------@---------------

    « DéprimeSolitude »

  • Commentaires

    1
    visiteur_Mimi
    Mercredi 29 Octobre 2008 à 09:20
    je suis venue lire celui la... il est aussi tres beau... je t'embrasse fort mon ju'... bonne journée et merci pour ce moment partagé... je t'adore
    2
    visiteur_jluc enfin.
    Mercredi 29 Octobre 2008 à 22:59
    Quelle belle histoire j'adore!!!!(parles tu que du loup lol)ben que dire toujours aussi joli et bien dit tu es merveilleux mon petit poete continu tes belles histoires cela me fait du bien de les lire quand je ne vais pas bien cool mon julien!!!! gros bisou
    3
    visiteur_starletteoh
    Jeudi 30 Octobre 2008 à 22:22
    "Il est dommage qu'il faille mourrir, juste au moment où l'on commence à se rendre compte de la façon dont on aurait dû vivre"

    écrivait Hippocrate.

    Comme quoi , avec du recul, nos idées et nos actes changent.........
    Merci pour ce moment de réflexion Julien !
    4
    visiteur_Ile Mystéri
    Samedi 15 Novembre 2008 à 00:46
    Julien, ce que tu écris est vraiment d'une puissance rare, on pourrait penser que tu as vécu cette vie de loup. Cette vie, c'est un peu la vie de tous ceux qui se battent, chaque jour, pour leur survie et qui pour cela, n'ont pas compris, ou l'ont compris, comme ton loup, plus tard ; qu'il est inutile d'écraser les siens pour se battre, qu'il vaut mieux partager que combattre son voisin. Le partage est l'essence même de la vie. Bizzz
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :