• L'étranger

     

     

    L’étranger.

     

    C’était, il y a bien longtemps...

     

    Je me suis mis à rêver, un jour, et de plus en plus souvent, à une petite planète, dans une lointaine galaxie.

     

    Une planète, tellement éloignée de la terre et du soleil qu'elle n'aurait que moi, pour entretenir sa flamme.

     

    J'avais donc décidé d’en faire mon chez moi, mon havre, ma patrie.

     

    Je pensais qu'à partir de cette terre vierge, je referai le monde. Que je changerai la vie. Que grâce à mon courage, à mon obstination, à ma foi, je soulèverai des montagnes, que je complèterai l’œuvre de ce Dieu qui avait tant laissé d'imperfections dans sa création.

     

    Le monde n'était pas fini ? Et bien je m'en chargerai. Du moins, je ferai ma part de travail.

     

    N'est il pas normal, quand on vient à la vie, que l'on ne sait rien d'elle, de souhaiter intervenir ? D’apposer sa marque ? De se sentir porteur d'une vocation céleste ?

     

    Peut être pas, au fond...

     

    En tout cas, moi, j'y croyais. Dur comme fer.

     

    Qu’elle était belle, cette gamine, que je croisais dans la rue à l’époque…Mais bien sûr, elle ne comprenait pas… J’allais donc lui expliquer et elle finirait par se rendre à mes raisons. Alors, tout deviendrait possible. On serait bien, et je l’embarquerai dans mes rêves.

     

    Je voyais bien certaines personnes hausser les sourcils et dodeliner de la tête, me prenant pour un doux rêveur. Je n’étais pas complètement idiot. Mais ils savaient sans doute, eux, à l’époque, qu'il était inutile de me contredire car personne alors n’aurait pu m'enlever cette foi dans ma toute puissance.

     

    N'est ce pas là le propre du fanatisme ?

     

    Peu importe. Ces sujets demeuraient secondaires.

     

    J'astiquais donc ma planète, en long et en large, du sol au plafond. Je bâtissais des pistes d'envol, mesurais les distances, construisant des nacelles de toute contenance et dotées du carburant nécessaire à chaque voyage que j'entreprenais vers la terre.

     

    J'en ai fait des allers retour !...

     

    Ah, oui ! Nombreux !

     

    Le plus souvent retournant à vide sur ma base, mais jamais découragé.

     

    Mes déceptions, je les assumais.

     

    C’était de ma faute. J'avais mal calculé mon coup. J'avais dû oublier quelque chose…mal préparé mon voyage…

     

    J'invitais tout le monde à venir visiter ma galaxie lointaine, mais, si certains se sont laissés tenter, je dois bien reconnaître qu’ils ne furent pas convaincus.

     

    J'en étais bien sûr, désolé, mais là encore, je pensais que c'était de ma faute.

     

    Je sentais bien, au fond que ma planète était trop grande pour moi. Que je ne parviendrai jamais à tout organiser, à tout mettre en place, pour qu’on s’y sente bien. Et mes invités comme d’un fait exprès, mettaient toujours le doigt sur une imperfection.

     

    J'étais bien obligé de reconnaître qu'ils avaient raison.

     

    J'ai tenu le coup longtemps. Très longtemps. Trop longtemps ?

     

    Et le temps passe vite...

     

    J'ai fini par m’avouer enfin que j'étais mortel, que je ne disposais pas de l'éternité, et qu'au lieu de m'obstiner à poursuivre une tâche impossible, il convenait peut être de marquer quelques pauses. À la fois pour respirer un peu mais aussi pour réfléchir à un changement de cap éventuel.

     

    C'est à partir de ce moment que ma planète a perdu progressivement de son éclat.

     

    Au début, je ne m'en alarmais pas trop, mais je n'avais plus la force de briquer sans cesse, et je finissais par désespérer de parvenir un jour à convaincre quelqu’un ou quelqu’une de venir s’établir avec moi, sur mon île déserte.

     

    Alors, à quoi bon continuer ?

     

    Mes voyages se sont espacés. Je ne me rendais plus dans ma galaxie lointaine que la nuit.

     

    Et encore, au matin, j'en revenais triste et désemparé.

     

    Mais ici, sur cette terre, au milieu de mes semblables, de quoi pouvais je disposer qui m'appartienne en propre ?

     

    Rien !

     

    Je me retrouvais errant, sur un sol inconnu. Je ne savais rien. Tout ce que j’avais appris, c’était bon pour là bas.

     

    Tout cela, toute ma vie passée, ce n’était donc qu'un rêve ? Un rêve fou ? Une illusion ?

     

    Ils n’étaient jamais partis, eux, ou alors... ailleurs ? Et où ? Je ne savais pas. En tout cas, ils ne m’avaient jamais invité  à visiter leur domaine. Je doutais. J’étais perdu.

     

    Cette terre qu'ils n'avaient jamais jugé bon de quitter, était ce par sagesse ou par paresse ?

     

    Parfois je les envie et parfois ils me pèsent.

     

    Une chose est sûre ne tout cas. Ma petite planète, aujourd'hui, ne  brille plus.

     

    Je crois qu'elle est morte.

     

    Et je ne sais toujours pas si je dois en être triste ou bien m’en réjouir.

     

    Pourtant, j'en avais pris bien soin. Mais j'ai du trop frotter ou alors j’ai oublié des angles reculés, ou bien je me suis trompé d'encaustique... Je ne sais pas.

     

    Je ne sais vraiment pas.

     

    Dans mon sommeil, quand j’y retourne, c'est un astre désolé qui m'accueille.

     

    Je cherche encore, toute la nuit, quelque point lumineux prouvant qu'une étincelle de vie subsiste encore…

     

    Mais je n'ai rien trouvé, et je n'y crois plus beaucoup.

     

    "Quand le rêve fout le camp, tout le reste se débine", disait Charles Bukovski.

     

    J’ai tendance à croire qu’il avait raison.

     

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    « Impression du jour...Toussaint »

  • Commentaires

    1
    Adrastée
    Mercredi 9 Septembre 2009 à 14:28
    Joli commentaire qui méritait réponse... Le voyageur n'a rien oublié. Les portes de l'imaginaire lui sont toujours ouvertes. Mais il est rentré tant de fois tout seul... Alors, maintenant, il veille... Il attend. Il garde les yeux ouverts, et ne peut se décourager, car Il ne sait rien faire d'autre. Il attend, sachant aujourd'hui que le voyage, seul, compte. Peu importe la destination... Les voyages forment la jeunesse en dessinant le vécu de chacun. J'ai rencontré trop peu de voyageurs. Alors, j'aime bien le mien. lol ....Amicalement - Julien
    2
    Julien Daumange Profil de Julien Daumange
    Mercredi 9 Septembre 2009 à 15:54
    Joli commentaire qui méritait réponse... Le voyageur n'a rien oublié. Les portes de l'imaginaire lui sont toujours ouvertes. Mais il est rentré tant de fois tout seul... Alors, maintenant, il veille... Il attend. Il garde les yeux ouverts, et ne peut se décourager, car Il ne sait rien faire d'autre. Il attend, sachant aujourd'hui que le voyage, seul, compte. Peu importe la destination... Les voyages forment la jeunesse en dessinant le vécu de chacun. J'ai rencontré trop peu de voyageurs. Alors, j'aime bien le mien. lol ....Amicalement - Julien
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