• Interview imaginaire - Les livres

     
     

    3 -  Et les livres ?

     

    Deux périodes sont nettement définies en ce qui concerne mon rapport avec les livres..

    C’est de 18 à 25 ans que j’ai fait mes « rencontres » essentielles. Et ce, dans tous les domaines. C’est pendant ma jeunesse que j’ai découvert et aimé passionnément les auteurs que j’ai lu, les films que j’ai vu, et, plus généralement ressenti les émotions qui devaient me marquer pour toujours.

     J’avais un ami de mon âge, brillant étudiant, philosophe, grand amoureux des livres et curieux de tous les ouvrages qui sortaient en librairie, de tous les courants de pensée. C’était un explorateur infatigable des bibliothèques et son érudition m’impressionnait. Nous avons vécu ensemble les évènements de 1968 puis nous nous sommes perdus de vue, quand je me suis marié, au début des années 1970. J’étais loin de posséder son intelligence et ses facultés d’analyse. Mais je faisais de mon mieux, aidé en cela par la conviction que je m’enrichissais à son contact. Nous passions des nuits entières à discuter, lui parlant le plus souven,t et moi, écoutant, religieusement. Il m’appelait affectueusement son « disciple ».

     Pratiquement tous les auteurs qui m’ont marqués à vie, c’est lui qui me les a fait connaître.

     Ça vaut le coup d’en citer quelques uns, car « que du beau monde », à mon avis.

     Bien sûr, en premier, Sartre et Camus. L’existentialisme ralliait pratiquement tous les suffrages de la jeunesse étudiante à cette époque.

     Mais nous lisions et commentions également les œuvres de beaucoup d’autres philosophes, puisque mon ami préparait Normale Sup. Platon, Descartes, Kant, Jaspers, Heidegger, Hégel, pour les classiques et Michel Foucauld, Jacques Derrida, Michel Leiris, Philippe Sollers pour les modernes.

    Nous nous intéressions également à la psychanalyse, Freud, Lacan, et Dolto, principalement.

     Le structuralisme, dont le pape Claude Lévy Strauss a également occupé pas mal de nos soirées.

     Et Nietzsche, bien entendu… LE philosophe par excellence, qui est devenu, et qui est toujours pour moi, La référence. Et son œuvre, que j’ai dévorée comme autant de romans, une véritable bible. Le génial bulldozer, destructeur en chef de toutes les idées reçues, de tous les châteaux de cartes, que je citais à tout bout de champ et dont les aphorismes me viennent encore aujourd’hui naturellement en bouche quand j’écris mes petits trucs.

    Mais également beaucoup d’auteurs de romans passionnants dont je ne citerai qu’un livre par auteur.

     Milan Kundera, (La plaisanterie) Cesare Pavese (Le bel été), Alberto Moravia, (Lui et loi) Charles Bukovski, (Contes de la folie ordinaire) Henry Miller (Nexus, Sexus, Plexus) , John Fante, (Bandini) Jerzy Kosinsky, (les pas) Gabriel Garcia Marquez, (100 ans de solitude) Jorge Luis Borges, (Fictions) Albert Cohen (Belle du Seigneur) , Céline (Voyage au bout de la nuit), Kafka (la métamorphose) , Julio Cortazar , (Les armes secrétes) J.D. Salinger, qui vient de mourir à 91 ans (L’attrape cœurs) Genet, (Les bonnes) Witold Gombrowitz, (La pronographie) Knut Hansun, (La faim), Herman Hesse (Le loup des steppes) …

      J’ai fait un effort de mémoire… lol… Et j’en ai oublié, c’est certain, et non des moindres sans aucun doute... Celui qui s’intéresse avec passion à une matière ou à un art quel qu’il soit, finit, tant il existe de talents divers dans tous les domaines, par se trouver dans l’impossibilité de se souvenir en détail de toutes les richesses accumulées. Un peu comme les artistes qui, lors des cérémonies de remises de prix, tentent de remercier le plus possible de personnes sans qui « il ne serait pas là ce soir »…

     J’ai volontairement passé sous silence, afin d'en parler un peu plus longuement, deux écrivains qui me sont chers parce qu’ils m’ont particulièrement touchés et influencés.

     Le premier est Georges Bataille. Mort en 1962 il était le philosophe préféré de mon ami. Il en parlait savamment, préparant un mémoire sur son œuvre. Il m’a entretenu de nombreuses soirées sur cet écrivain difficile mais passionnant. Heureusement que mon ami, futur enseignant en philosophie, était dés son plus jeune âge, un excellent pédagogue.

    Il a su m’expliquer et me faire aimer cet homme qui s’est attaqué de façon pointue et intelligente aux tabous et interdits en matière d’érotisme. Fin analyste de l’œuvre et de la philosophie du Marquis de Sade, inventeur du concept génial de « la transgression de l’interdit » il tenait la pratique du sexe pour un jeu, qui, à la différence de la science est : « la sphère de l’improbable » et donc, jeu dangereux et parfois mortel…  Gainsbourg disant que l’amour physique est sans issue était (sans le savoir ?) un adepte de G. Bataille.

     Résumer Georges Bataille en quelques phrases serait idiot, bien entendu. Mais en dire quelques mots, par contre, m’a paru important, pour moi… lol… A lire par exemple « Ma mère », ou « Histoire de l’œil »…

    Le second est Dino Buzzati, l’auteur du « Désert des Tartares », un livre sur l’attente, dont le thème a été repris par Jacques Brel dans sa chanson « Zangra ».

     Buzzati, chez qui il ne se passe rien d’important mais dont chaque mot est important.

     Buzzati, écrivain de l'écoute, Buzzati, écrivain de la vie. Oh, pas la vie d’aventure, celle des grands espaces, pas la fièvre du samedi soir, mais la vie simple, intime, vécue par le plus grand nombre, banale mais dense, par l’accumulation des détails infimes, des petites choses, qui tissent une existence, la rendent désuète et sublime.

    « Une lumière s’éclaira à l’intérieur. » c’est idiot comme phrase, sortie de son contexte. Pourtant dans le texte dont elle est issue (« 7 étages », une nouvelle du recueil de nouvelles « les 7 messagers ») elle m’a profondément émue.

    Buzzati qui ne semble qu’effleurer les choses mais qui, en les effleurant, nous en montre assez pour que l’on ait envie de faire le reste du chemin, tout seul. C’est ce j’aime dans ses livres et qui me touche. C’est ce qui me reste de lui. J'habite avec Dino Buzzati.

     Outre « Le désert des Tartares », je vous recommande chaleureusement : Deux recueils de nouvelles (on dirait que le genre a été créé pour lui tellement il y excelle.) « le K » et « Les sept messagers », « Un amour », « L’écroulement de la Baliverna », « En ce moment précis »…etc

     Voila pour ma première période de lecteur. La plus passionnée, la plus enrichissante.

    Je passerai beaucoup plus rapidement sur la seconde période, celle dans laquelle je me trouve encore, car ma demande à l’égard des livres est devenue beaucoup moins exigeante.

     Je ne demande plus la même chose aux auteurs que je lis.

     Je ne suis plus en phase "recherche" mais plutôten phase "divertissement".

     Quand nous parlions, avec mon ami, autrefois, nous faisons une nette différence entre « écriture » et « littérature ». L’écriture étant pour nous « chair » et la littérature « esprit ».

     Je me souviens de cette nuance qui est effectivement restée capitale, pour moi.

    Je lis encore beaucoup. Environ 4 à 5 livres par mois.

     Mais j’aime maintenant que l’auteur me prenne par la main, dés les premières pages. Peu importe où il m’emmène pourvu que le voyage soit agréable, que je ne m’ennuie pas.

    Je suis entré en… « Littérature »…

     Et dans ce domaine, il y a véritablement de quoi se rafraîchir, et même de se perdre, de façon souvent très agréable…

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