• Et si l'imaginaire c'était le paradis

    Insolite-0307
     
     
     

    Et si l’imaginaire c’était le paradis ?

     

     

    Il était une fois…

     

     

    Un vieil homme solitaire qui vivait dans les bois.

     

    Paul n’avait pas choisi de se retirer du monde. Comme la nuit qui s’installe doucement à la fin du jour, la solitude l’avait prise sous son aile. Le cours normal de la vie en quelque sorte.

     

    Il ne fermait pourtant jamais sa porte, mais personne ne venait plus le voir. Sans enfants, sans ami véritable, ne faisant pas l’effort d’aller vers les autres, il se retrouvait seul.

     

    Dans sa petite campagne, accompagné de ses chats, il  passait désormais ses journées à ne rien faire d’autre que rêver du passé.

     

    Longues promenades le jour et, les soirs d’hiver devant un bon feu de cheminée, il fixait les flammes pendant des heures. Pas de télévision, ni de radio. Un livre, un chat sur les genoux, un autre sur le dossier du fauteuil, ronronnant derrière sa nuque, il laissait son esprit vagabonder.

     

    Pendant des années il vécut ainsi. Loin du monde et pourtant présent au monde. Fixé sur un lopin de terre, partout et nulle part.

     

    A sa mort, Paul ne manqua donc pas à grand monde. Une luciole qui s’éteint, ça ne se remarque pas.

     

    Le vieil homme n’avait jamais cru à l’au delà, à la résurrection, ou à la réincarnation. Croyant pourtant, il l’était, mais croyant à ses rêves merveilleux qui disparaitraient avec lui, croyant aux étoiles filantes sans lendemain qui passait parfois dans le ciel devant sa porte, il croyait à l’imaginaire, à la magie de perlim pimpim…

     

    Quelle ne fût pas sa surprise lorsque devenu pur esprit, enfin débarrassé des embarras de ce corps pétri de rhumatismes, il se vit batifolant dans les nuages, exactement comme il avait l’habitude de le faire de son vivant, à longueur de jour et de soirée.

     

    « Alors c’est donc cela, la vie éternelle ? » pensa-t il.

     

    Il tourna une dernière fois les yeux vers sa chaumière, tout en bas, déjà si loin. Il vit sa sœur en train de débarrasser ses maigres affaires, puis prendre dans ses bras sa dernière petite chatte, qu’il lui avait demandé de récupérer après sa mort. 

     

    Sa sœur aimait aussi les chats, Titine serait heureuse avec elle.

     

    Rassuré, il reprit son envol, se dirigeant vers un point lumineux qui clignotait par intermittence, comme un signal, semblant l’appeler.

     

    Paul ! Enfin c’est toi ! Tu en as mis du temps !

     

    Par quel miracle ?…

     

    Réalisant brusquement l’absurdité de sa remarque, Paul éclata de rire, imité par la céleste apparition.

     

    Que je suis heureux de te revoir, Lyne ! Sais tu que je n’ai jamais cessé de penser à toi, toutes ces années ?

     

    Je le sais bien Paul. Je suis venue te voir si souvent dans tes rêves.

     

    Oui, j’ai tant rêvé de toi. Tu sais alors?

     

    Bien sûr que je sais ! Tu n’as plus aucun secret pour moi…

     

    Excuse moi, j’arrive juste ! J’ai encore du mal à m’y faire… Lyne, dis moi…tu m’attendais ?

     

    Bien sûr Paul. Je n’attendais que toi. Je t’ai toujours aimé. Tu le sais bien.

     

    Tu sais donc combien tu m’as manqué ! Combien j’ai regretté…

     

    Oui Paul.

     

    Tu sais alors aussi pourquoi je suis parti, comme ça, un jour, sans rien dire, alors que je t’aimais ? Alors que je n’ai jamais aimé que toi ?

     

    Oui Paul. Maintenant, oui, je le sais. Mais toute ma vie j’ai souffert de ce départ sans motif apparent. Je ne comprenais pas. Et puis, après ma mort, chaque fois que je passais te voir en esprit, je lisais tes pensées et je suivais tes réflexions. J’ai ainsi compris, avec toi, que c’était justement par amour, que tu étais parti.

     

    C’est vrai. Je me suis rendu compte, après notre séparation, que je n’avais jamais aimé personne avant toi. Le temps ou nous étions ensemble, tu tenais mon désir de toi à distance, afin que je me rende bien compte de la personne que tu étais. C’était la première fois que cela m’arrivait. D’abord surpris de ta résistance, je me suis attaché à toi. Quand je suis parti, je ne savais pas pourquoi je partais, je savais seulement qu’il était préférable pour nous deux que je parte. Après avoir beaucoup réfléchi par la suite sur cette rupture, apparemment absurde puisque nous nous aimions tous les deux, je me suis rendu compte qu’en fait  c’était moi que je ne m’aimais pas assez… A ton contact, je perdais ma confiance en moi. Je me sentais de moins en moins à la hauteur de notre amour. Pas assez solide pour te mériter… Je me suis découvert léger, inconstant, enfantin, capricieux ! Je sui parti car je ne pouvais que te décevoir. Je m’en suis voulu tout le reste de ma vie, mais je continue de penser que c’était une bonne décision de ma part, compte tenu de la personne que j’étais à l’époque... Plus tard, grâce à toi, en pensant sans cesse à toi, j’ai tout fait dans ma vie pour te mériter. J’ai grandi. J’ai cessé de batifoler, de prendre. J’ai appris la patience, j’ai appris à donner, j’ai appris le respect de soi et des autres. Bref, un jour, voilà qu’enfin je te méritais, mais il était soudain devenu très tard.

     

    - Chuuuuuuut maintenant Paul, c’est fini tout cela. Nous ne saurons jamais vraiment. C’est ainsi et c’est tout …

     

    Lyne forma l’image d’une caresse dans son esprit, caresse très douce qui parcourut l’essence de ce qui fût la joue de Paul, se transformant en douce chaleur réconfortante.

     

    Nous somme réunis pour l’éternité Paul. Nous avons…tout le temps !....Tu te rends compte ce que cela veut dire ?

     

    Pas vraiment non ! Tu sais, l’éternité, c’est nouveau pour moi !

     

    S’esclaffant comme deux enfants qui retrouvent la pureté de l’innocence perdue, ils volèrent ensemble, main dans la main, vers d’autres nuages, dans l’infinité du ciel, et, s’ils ne se marièrent pas et s’ils n’eurent pas d’enfants, ils n’en connurent pas moins la joie d’être à nouveau réunis, sans contraintes, pour un très très long voyage au paradis de l’imaginaire…..

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Juin 2014 à 12:21
    Bonjour Julien Encore une merveilleuse histoire, comme à votre habitude, merci! Passez un très bon dimanche, amitiés.
      • Julien Daumange Profil de Julien Daumange
        Dimanche 22 Juin 2014 à 14:15
        Bonjour Triskèle. Je te remercie de ta visite...à Paul, qui ne reçoit pas souvent du monde LOL. Voici venir l'été. passe aussi un bon dimanche. Julien.
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