• CHIKOU - 2ème partie - Chapitre VI

               
               

    2ème partie - 1

    « Autant partir tout de suite » se dit Chikou en s’étirant longuement. <o:p></o:p>

     Seuls, quelques aboiements espacés troublaient les ombres de la nuit. Trop de cauchemars avaient perturbé son sommeil. Le dernier l’avait réveillé en sursaut. Il avait rêvé que les petites souris, ses copines, l’attaquaient. Cela avait commencé par un jeu, comme souvent avec elles, quand, sournoisement, une première souris l’avait mordu. Chikou ne s’était pas fâché, pensant à une taquinerie un peu appuyée, mais il lui avait tout de même renvoyé un petit coup de patte. Le sourire mauvais qu’il reçut en retour l’intrigua... Puis, continuant à jouer, une autre souris l’avait mordu à son tour, plus cruellement que la première et, pour finir, toutes les souris s’étaient acharnées sur lui. Zara, sur son monticule, attentive, observait la scène en souriant et laissait faire.   Apeuré, il s’était enfui, poursuivi par une meute couinante et déchaînée. Ses pattes refusant de lui obéir, Chikou, couvert de sang, ne parvenait pas à les distancer,. Il pensa alors qu’elles allaient l’achever, qu’il allait mourir et ... brusquement réveillé, il avait alors décidé de partir.  <o:p></o:p>

    Encore troublé par ce cauchemar, il se retrouva bientôt derrière le restaurant de Paulo. Celui-ci devait dormir. Les poubelles vides, bousculées par les animaux de la nuit, gisaient, éparses au milieu de la rue. Il s’assit un moment, visualisant dans son esprit  l’image du jeune garçon,  souriant, se dirigeant vers lui, avec une grande assiette remplie de bonnes choses. Il se lécha les babines, et bailla. Paulo se demanderait sûrement ou il était passé. Il serait sûrement triste, mais qu’y faire ?<o:p></o:p>

     Chikou se remit sur ses pattes et quitta la ruelle. Plus loin, s’étendait le domaine des chiens. En contournant par les impasses, facilement franchissables pour lui, en se faufilant furtivement dans les coins sombres et en restant sur ses gardes, il pourrait peut être sortir sans encombre. Déjà,... passer ce premier obstacle…<o:p></o:p>

    Attentif, Chikou progressait lentement. Plus loin, sur sa gauche il vit un groupe de chiens endormis. Restant à bonne distance il entreprit de les contourner. Un grognement sourd...il s’immobilisa… Se retournant, il vit un œil ouvert dans la pénombre mais rien ne se produisit. Aucun aboiement ne suivit, aucune course poursuite… <o:p></o:p>

     Les chiens ne constituaient plus un réel danger pour Chikou. S’il s’en méfiait toujours il avait appris à les connaître. Certes ils étaient agressifs, mais également peureux quand on leur faisait face, pas très surs d’eux. Si l’on se montrait menaçant, ils s’arrêtaient net, tout en continuant d’aboyer comme des malades, mais davantage pour ne pas perdre totalement la face que par courage. Quoiqu’à plusieurs il était préférable de fuir et de se mette à l’abri. <o:p></o:p>

     Les dernières maisons de la ville s’estompèrent peu à peu. Assis au bord de la route, Chikou attendait. Il ne se résignait pas à s’éloigner davantage. Autour de lui, en ce début de journée pale et frileux d’automne finissant, la campagne endormie exhibait sans pudeur ses couleurs douces et mélancoliques. Les arbres préparaient leur long sommeil d’hiver, laissant tomber leurs feuilles comme on se défait de vêtements devenus inutiles. Le paysage autour de lui respirait l’apaisement. Il leva les yeux vers un petit écureuil qui se dépêchait d’engranger son dernier petit gland.<o:p></o:p>

     « Allons, il ne sert à rien de rester ici. Cherchons plutôt un endroit pour dormir. »<o:p></o:p>

     Dans le tronc desséché et béant d’un vieil arbre abattu, prés d’une haie piquante, Chikou se pelotonna et s’endormit, le museau dépassant de l’orifice afin de ne pas se laisser surprendre si quelque chose ou quelqu’un survenait.<o:p></o:p>

     L’après midi était déjà bien avancée lorsqu’il se réveilla, affamé.<o:p></o:p>

     Il lui fallait trouver de quoi se nourrir rapidement. « Premier défi », pensa t il…Manger ! Habitué aux bons plats de Paulo qu’il suffisait d’attendre il ne savait pas trop comment s’y prendre pour dénicher sa nourriture. Et pourtant, dans les jours qui allaient suivre, ce serait, sans aucun doute vital, son seul et unique objectif.<o:p></o:p>

    Il repensa aux souris… Non, pas question ! Plus de souris ! Oui mais alors…comment faire ?<o:p></o:p>

     L’odorat en éveil, il marcha encore un bon moment, s’éloignant toujours davantage de la ville, à l’affût de toutes les odeurs qui pourraient se révéler…intéressantes… Enfin il lui sembla renifler un vague relent de nourriture sans qu’il puisse bien discerner encore de quoi il s’agissait.<o:p></o:p>

     « Bien sûr ! » pensa il… « Une habitation d’humain ! »…Le parfum d’un possible repas se fit plus précis en s’approchant de la maison. Se laissant guider par son odorat il parvint à découvrir l’origine de sa quête. Il s’agissait d’une sorte de gamelle dans laquelle flottaient quelques morceaux indéfinissables, mais suffisamment appétissants pour mériter le détour. Caché derrière l’angle de la maison Chikou inspecta attentivement les alentours… Rien de suspect, apparemment... Les sens en alerte, il s’approcha et renifla le contenu de la gamelle. Rien de comparable, bien sûr, aux repas de Paulo, mais bon, il ne fallait pas trop faire la fine bouche.<o:p></o:p>

     « Pas assez pour se rassasier », se dit il, en se léchant les babines. Mais cette maigre pitance calma un peu sa faim et il repartit, une fois la gamelle bien nettoyée, vers la campagne environnante. Les endroits où vivent les humains  sont imprévisibles et souvent dangereux, pensa t-il. Mieux valait se tenir à l’écart…<o:p></o:p>

     Il ne s’éloigna pas trop cependant car « là ou se trouve la nourriture, là je dois demeurer, pour l’instant » se dit il. Il se retira donc un peu plus loin, dans un creux tapissé de feuilles mortes.<o:p></o:p>

    Il dormit encore longtemps. Non pas qu’il soit réellement fatigué mais il ne voyait pas quoi faire d’autre. La nuit venue, il repartit vers la maison.<o:p></o:p>

     La gamelle, dehors, devant la porte, était vide. Pas un bruit ne lui parvenait. Il fit le tour de la demeure puis, toujours prudemment, il se dirigea vers une autre habitation, beaucoup plus haute et plus vaste que celle qu’il venait de contourner. Par un trou dans les planches de bois de la porte, il se faufila. L’odeur forte d’un ou plusieurs animaux imprégnait l’atmosphère. Comme aucune manifestation hostile ne lui parvenait, il escalada une poutre qui traversait plusieurs box dans lesquels de grosses bêtes à corne mastiquaient de la paille sans faire attention à lui. Il ne savait même pas s’il avait été découvert tant les yeux vides de ces pachydermes n’exprimaient rien.   <o:p></o:p>

     Il faisait bon dans cette grande bâtisse et l’odeur dégagée par ces grands animaux n’était pas désagréable. Des bottes de paille, empilées les unes sur les autres à partir du sol, s’élevaient jusqu’au plafond, dans un coin. Chikou s’installa tout en haut, puis il se mit en boule et ferma les yeux.<o:p></o:p>

     Un grattement, le fit sursauter. Il se pencha et vit deux petites souris, qui, rassurées par le calme et l’obscurité du lieu, farfouillaient au sol, sous la paille, afin de grappiller quelques graines égarées. La faim et son instinct de prédateur firent monter une décharge d’adrénaline dans ses muscles. Il commença à ramper vers ces proies alléchantes. Parvenu à portée du bond d’attaque décisif, il s’arrêta net. « Qu’est ce que je fais ? »… Mais j’ai tellement faim…Ne bougeant pas d’un cil, il fixait d’un regard gourmand les petites créatures qui se disputaient un grain de blé. Elles n’avaient pas senti sa présence et cet appétissant repas, à sa portée, devenait bien tentant…Il bougea légèrement, peut être exprès, et les deux souris, alertées, filèrent à toutes pattes se mettre à l’abri. Malheureux, Chikou regagna sa couche en hauteur. En lui, des sentiments contradictoires s’agitaient. Il repensa à Joss, à son incompréhension quand il lui avait expliqué son attitude vis-à-vis des souris. Il s’en voulait de son hésitation, son ventre le harcelait, se révoltant contre son hésitation imbécile. Manger, criait il, je veux manger !<o:p></o:p>

     Ne plus tuer de souris… Pourquoi ? Pourquoi se priver de cette manne bienvenue ?<o:p></o:p>

    Tout s’embrouillait dans sa tête. « Allons, c’est parce que tu as trop faim. Demain tu retourneras voir cette gamelle. Peut être y aura t-il encore quelque chose à grignoter. De toute façon, pour toi, ce soir, c’est râpé. Les deux souris t’ont vu, elles ne ressortiront pas de leur trou. »<o:p></o:p>

     Chikou ferma les yeux mais il ne parvint plus à trouver le sommeil<o:p></o:p>

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